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From Latin America to Paris

Vendredi 03 mai 2019

19:30

L’un est suisse, l’autre mexicain. Par-delà la barrière des langues et des mers, ils nous invitent à transcender les frontières en invitant chez soi et en soi des perles d’Amérique latine dialoguant librement avec des créations parisiennes – de la même manière qu’il y a un siècle ces musiciens venus d’outre-Atlantique se sont vus accueillis à bras ouverts par «la plus belle ville du monde».


Le programme s’ouvre sur l’une des œuvres phares du répertoire pour violoncelle et piano: l’Elégie de Gabriel Fauré. Embrassant tout l’éventail expressif des deux instruments, elle voit le jour à Paris en 1880. Après une première audition privée dans le salon de Saint-Saëns, l’œuvre est présentée au public en décembre 1883 dans le cadre de la Société Nationale de Musique avec Fauré lui-même au clavier.


La Sonate pour violoncelle et piano est l’une des dernières œuvres de Claude Debussy, considéré aujourd’hui comme l’un des compositeurs les plus influents du 20ème siècle. Elle voit le jour durant l’été 1915, lors d’un séjour en Normandie. Le compositeur a d’abord pensé la baptiser «Pierrot fâché avec la lune». Les personnages de la commedia dell’arte planent sur toute la pièce, qui flaire bon l’Espagne – avec une Sérénade centrale en forme de Habanera et un Finale qui n’est pas sans rappeler les «Parfums de la nuit» d’Ibéria, œuvre emblématique du Debussy voyageur. Le violoncelle est clairement le roi du bal, avec des sonorités qui évoquent par moments celles de la mandoline, illustrant Pierrot tentant inlassablement de séduire la lune.


Fils d’un mélomane de grande culture qui lui apprend le piano, la clarinette et la guitare, le jeune Heitor Villa-Lobos se sent vite à l’étroit dans les carcans de la «grande» musique. À l’âge de seize ans, il s’enfuit de chez lui et sillonne le Brésil en recueillant d’authentiques chants traditionnels qui nourriront son œuvre à venir. «Je trouvais stupide de continuer à imiter Beethoven, racontera-t-il.


Pendant huit ans, j’ai voyagé dans les régions les plus reculées du Brésil. On m’a même cru mort! Mais j’ai rapporté de cette expédition d’incroyables richesses.» De retour à Rio de Janeiro en 1915, Villa-Lobos fait sensation en présentant en concert les premiers fruits de sa musique nouvelle, au point que son pays lui octroie une bourse pour parfaire sa formation à Paris. Près de mille opus couleront de sa plume – un record au 20e siècle. Une œuvre qui touche à la fierté de tout un peuple, à qui Villa-Lobos a offert une musique colorée et vivante. Son Chant du cygne noir en est un magnifique exemple.


Pompeux et académique, Camille Saint-Saëns? Son Carnaval des Animaux nous dit le contraire. Par sa formation instrumentale inhabituelle comme par son humour, cette «Grande fantaisie zoologique» est un vrai feu d’artifice de vitalité: elle témoigne du talent d’un homme capable la même année (1886) de donner naissance à un chef-d’œuvre dans les «règles de l’art» – sa Symphonie n° 3 avec orgue – et de dynamiter ces mêmes règles pour coller au plus près de la physionomie de ces bêtes.


Saint-Saëns n’acceptera cependant aucune exécution publique de ce Carnaval de son vivant, à l’exception du célèbre Cygne.

Reconnu aujourd’hui comme le plus grand compositeur mexicain, Manuel Ponce se forme dans son Mexique natal avant de traverser l’Atlantique afin de parfaire ses connaissances du piano et de la composition à Bologne, puis à Berlin. De retour au Mexique en 1900, il se consacre à la composition et à l’enseignement au Conservatoire National. L’année 1912 donne naissance à Estrellita, « Petite étoile », sa pièce la plus emblématique, qualifiée souvent de «nostalgie pure».


Sa Sonate pour violoncelle et piano voit le jour durant son séjour à La Havane (1915 - 1917), une immersion dans la culture cubaine qui colore l’ensemble du premier mouvement. Elle est achevée cinq ans plus tard à Mexico City et donnée en première audition au Teatro Principal avec le compositeur au piano. Chose rare: les instructions extrêmement précises à destination des interprètes ne se limitent pas au seul jeu mais embrassent également la manière de travailler certains passages; c’est le cas notamment des plus complexes techniquement, situés dans les deuxième et quatrième mouvements – un Allegro alla maniera d’un studio aux saveurs espagnoles et un Allegro burlesco regardant en direction du Moyen Age. Sur un plan plus général, cette Sonate témoigne de l’ambition de Ponce de dépasser les couleurs très 19e de son Trio romantique composé dix ans plus tôt, pour embrasser plus franchement la «modernité» qui envahit le monde musical en ce début de 20e siècle. Il y parvient avec brio en convoquant le folklore mais également l’impressionnisme qui flamboie de l’autre côté de l’Atlantique et berce de son lyrisme l’Arietta du troisième mouvement.


Ce concert est soutenu par la Fondation Leenaards.



Pré-Concert :

Andreas Dao, piano

Lauréat de la Fondation "Crescendo con la Musica"

Artistes en scène
Lionel Cottet
Jorge Viladoms
Vendredi 03 mai 2019 à 19:30 - Grande Salle de la Maison Pulliérane